L`enjeu : y a-t-il une justification économique à la

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CH 6
Modèle de gravité : l’analyse
empirique du commerce international
et de l’intégration régionale
1
Plan du chapitre
•
•
•
•
•
Le cœur de l’équation de gravité
L’équation « augmentée »
Les fondements théoriques
Les variables explicatives régionales
Exemples d’application : commerce,
environnement
2
Le Cœur de l’équation de gravité
3
Petit historique des origines : 1687, 1962
1687 : Newton
• Fij = G x MiMj / D2ij
- F force d’attraction
- Mi et Mj les masses
- Dij la distance entre i et j
- G la constante
gravitationnelle
4
1962 : les économistes découvrent la
gravitation (J. Tinbergen )
• Fij = G x (Mi)y (Mj)z / Dkij
• Fij est le flux de commerce en valeur du pays
i vers le pays j
• Mi et Mj reflètent le poids des 2 économies
(mesuré par leurs PIB)
• Dij est la distance géographique les séparant
5
Le Coeur de l’équation
• Soit 2 pays i et j, dont les PIB respectifs sont Yi et
Yj et la distance qui les sépare dij
• Le flux d’exportation de i vers j est Xij
• Xij = f (Yi, Yj, dij) = g . (Yi)b (Yj)c / dijd
• Forme usuelle de l’équation de gravité :
ln Xij = a + b ln Yi + c ln Yj - d ln dij + eij
avec b, c, d positifs
6
Formalisation Log-Log
• Elle permet de ramener la fonction
puissance à une fonction linéaire, et
d’appliquer ainsi la méthode des MCO
(moindre carrés ordinaires) dans le
traitement économétrique
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La variable de distance
• Les tests économétriques montrent en moyenne une
très forte corrélation entre distance et commerce
• On choisit souvent la distance entre les capitales ou
les capitales économiques
• La distance peut être sous-estimée : les réseaux
d’infrastructure de transport ne correspondent pas
aux distances à vol d’oiseau puisqu’ils contournent
les obstacles naturels
• Elle peut à l’inverse être surestimée en présence d’un
commerce transfrontalier important
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Les résultats du modèle simple
• Les 3 variables expliquent jusqu’aux ¾ des
flux de commerce bilatéraux
• Les coefficients estimés sont généralement
proches de + 1 pour les PIB et de – 1 pour la
distance
Illustration présentée (XLSTAT) :
•
•
•
•
Base COMTRADE, Nations unies
50 pays, soit 50 x 49 = 2450 flux d’exportation
Test de Fisher
Estimation année 1995 :
R2 = 0,746
Coefficients des PIB : 0,86 et 1,18
Coefficient de la distance : - 1,17
L’équation « augmentée »
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L’introduction d’une série de « variables
de contrôle »
ln Xij = a + b ln PIBi + c ln PIBj + d ln distij
+ e Cij + εij
• Xij : exportations du pays i vers le pays j
• PIB : produit intérieur brut
• distij : distance entre les pays i et j (ici d est négatif)
• C : ensemble de variables de contrôle
12
Les variables de contrôle sont
souvent des « dummies »
• Variable « dummy » ou « muette » ou encore
« indicatrice »
• C’est une variable à qui l’on attribue la valeur 1 si
elle remplit une caractéristique donnée et 0 dans le
cas contraire
• Caractéristiques : partage d’une langue commune,
(LC), d’une frontière commune (CONTIG), d’anciens
liens coloniaux, adhésion à l’OMC, …
13
Illustration : le partage d’une langue
commune (LC)
LC = 1
Portugal
>
Angola
LC = 1
LC = 0
LC = 0
LC= 0
LC = 0
Russie
14
Les autres variables de
contrôle classiques
• La population
• La différence de PIB par habitant (DIFPIBij)
• Le taux de change nominal bilatéral (NERij)
ou taux de change réel bilatéral (RERij)
15
Les fondements théoriques : de
l’absence à la multiplicité des
explications
16
Une relation d’abord empirique
• Une critique longtemps adressée à
l’équation de gravité concerne ses
fondements théoriques
• Simple intuition dérivée de la physique des
forces d’attraction et de répulsion, elle en
est dénué à l’origine
17
Les apports de Krugman et Deardoff
• En introduisant les coûts de transport dans le
modèle de concurrence monopolistique, P.
Krugman (1980) débouche sur une équation
de demande proche de l’équation de gravité
• A. Deardorff (1998) démontrent que le
modèle
néoclassique
du
commerce
international est, lui aussi, compatible avec le
modèle de base
18
L’introduction de variables
explicatives régionales
(accords commerciaux)
19
La variable intra-régionale (ALC_intra)
• Elle indique la présence d’un accord
commercial ou monétaire entre i et j
• Elle prend la valeur 1 lorsque les deux pays
participent à l’accord ou 0 autrement
• Le coefficient de cette variable permet de
calculer l’impact d’un accord régional sur le
commerce entre pays membres
20
Le calcul de l’impact des accords
régionaux (1)
• Soit i et j appartenant à l’UE, et k n’y
appartenant pas
• On suppose que dij = dik , PIBj = PIBk , et
Cij = Cik
• j et k ne diffèrent donc que par leur
appartenance à l’UE
21
Le calcul de l’impact des accords régionaux (2)
• ln Xij = a + b1 ln PIBi + b2 ln PIBj - b3 ln dij +
b4 Cij + b5 UEij + eij
(1)
• ln Xik = a + b1 ln PIBi + b2 ln PIBk - b3 ln dik
+ b4 Cik + eik
(2)
• En faisant abstraction du terme d’erreur, on
obtient (1) – (2) :
b5 = ln Xij – ln X ik
exp (b5) = Xij / Xik
Source : Thierry Mayer, Economie internationale, CH9,
section 3
22
Le calcul de l’impact des accords
régionaux (3)
• L’exponentiel du coefficient de la variable muette
donne donc, toutes choses étant égales par ailleurs,
le surplus de commerce entre deux pays membres
par rapport aux échanges entre 2 pays dont l’un
n’est pas membre
• L’exponentiel du coefficient sur la dummy UE est
donc égal au facteur multiplicatif du commerce
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L’impact de l’UE sur le commerce
intra-zone (Frankel et alii, 1995)
• Pour l’année 1990, le “coefficient b5” est
égal à 0,5
• 2 pays de l’Union commercent donc cette
année-là 65 % de plus que si l’un des 2 pays
n’en avait pas été membre (exp (0.5) = 1,65)
24
Reprise de l’exemple d’estimation (diapo 10)
• On rajoute à l’équation de base :
- la variable de contiguité et une variable intrarégionale (AFTA – Asean Free Trade Area)
- Puis 3 variables intra-régionales (cf cidessous les équations à 3 dummies régionales)
L’équation à 3 dummies régionales : les effets
intra et extra-zone de l’intégration
ln Xij = a + b ln PIBi + c PIBj + d ln distij + e Cij
+ D1ALC_intraij + D2 ALC_Xij + D3 ALC_Mij + εij
• ALC_intra : variable de contrôle du commerce intra-régional
• ALC_X : contrôle les exportations des pays membres d’un groupe
vers le reste du monde
• ALC_M : contrôle les importations des pays membres d’un groupe
en provenance du reste du monde
26
Le coefficient D1mesure l’effet intra-zone
ALC_intra = 1
>
Pays A
Pays B
ALC_intra = 1
ALC_intra = 0
ALC_intra = 0
ALC_intra= 0
ALC_intra = 0
Pays du Reste
du monde
27
Le coefficient D2 mesure l’effet sur les
exportations extra-zone
ALC_X = 0
>
Pays A
Pays B
ALC_X = 0
ALC_X = 1
ALC_X = 1
ALC_X = 0
ALC_X = 0
Pays du Reste
du monde
28
Le coefficient D3 mesure l’effet sur les
importations extra-zone
ALC_M = 0
Pays A
>
Pays B
ALC_M = 0
ALC_M = 0
ALC_M = 1
ALC_M= 0
ALC_M = 1
Pays du Reste
du monde
29
Building ou Stumbling blocks ?
Lorsque la somme des 3 coefficients est
supérieure à zéro, le groupe induit un effet
net positif sur le commerce et il est considéré
comme un building block
30
L’enjeu : régionalisation versus
globalisation des échanges
On peut dès lors déterminer si les
regroupements régionaux entravent l’action
de l’OMC ou bien au contraire la favorisent
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Exemples d’application :
commerce, environnement
32
Exemple d’application
• L’impact des ALC entre pays latino-américains
(1986-2004)
Dans le raisonnement, le reste du monde fait place au reste de
l’Amérique latine
Sélection des accords à estimer
• Le réseau d’accords de libre-commerce
entre pays d’Amérique latine est très
complexe (« Spaghetti bowl »)
34
Le Spaghetti bowl latino-américain
Source : Antoni Estevadeordal (2002), “Regional Integration and Regional Cooperation in Latin America”, LAEBA
Annual Meeting, ADB Institute and Inter-American Development Bank, Singapore, February.
Seuls les accords de nouvelle
génération sont pris en compte …
- Mercosur (MERC)
- Communauté andine des Nations (CAN)
- G3 (Colombie, Mexique, Venezuela)
- Zone de libre-échange Bolivie-Mexique (BolMex)
- Zone de libre-échange Chili-Mexique (ChilMex)
…. Ce qui met déjà en jeu 5 X 3 = 15 variables
régionales dans l’équation
36
Problématique
- Quels sont les effets des accords régionaux
sur les échanges intra-zone ?
- Quel impact exercent-ils sur le commerce des
pays membres avec le reste de l’Amérique
latine ?
- Sont-ils des groupes créateurs ou destructeurs
net de commerce pour le sous-continent ?
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Echantillon extrait de la base de
donnée COMTRADE (Nations Unies)
• Avec
des
données
d’exportation
complètement renseignées, on obtient 11
pays : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili,
Colombie, Equateur, Mexique, Paraguay,
Pérou, Uruguay, Venezuela
• Soit 11 x 10 flux d’exportation bilatérale
• Soit 2090 observations sur 19 ans
38
Equation estimée : 2 dimensions, spatiale et
temporelle (panel)
ln Xijt = a + b ln PIBit + c PIBjt + d ln distij + e Cijt
+ e’ C’ij + D1ALC_intraijt + D2 ALC_Xijt + D3 ALC_Mijt + εijt
• Xijt : exportations du pays i vers le pays j l’année t
• distij : distance entre les pays i et j
• PIB : produit intérieur brut
• C et C’ : ensemble de variables de contrôle (resp. avec et sans
dimension temporelle)
• ALC : accord de libre-commerce (il y a autant de jeux de
3 variables régionales que de groupes étudiés)
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L’impact des zones de libre-commerce
Mercosur
Commerce Importations Exportations
intra-zone
extra-zone
extra-zone
0,30***
0,18***
0,35***
CAN
0,91***
0,23***
0,27***
Groupe des 3
0,29**
0,25***
0,12
Bolivie-Mexique
1,23***
0,22***
0,15*
Chili-Mexique
0,58**
-0,17*
-0,02
***, **, * : coefficients régionaux respectivement significatifs à 1%, 5 % et 10 %
40
Conclusion : des effets d’entraînement
sur l’ensemble du sous-continent
• Les 5 accords constituent des building
blocks
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2ème exemple : l’équation de gravité avec
variable de restriction environnementale
ln Xij = a + b ln PIBi + c PIBj + d ln distij + e Cij
+ D1ALC_intraij + D2 ALC_Xij
+ D3 ALC_Mij + h DIFCO2ij + εij
• DIFCO2ij : différence des émissions de CO2 par unité de PIB du
pays i et du pays j ou différence des « intensités carbone » entre le
pays i et le pays j
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Les coûts d’un programme de
réduction des émissions de CO2
• Un tel programme implique des processus de
production plus économes en énergie fossile
(rationalisation énergétique, économie d’énergie,
énergie renouvelable, produits innovants)
• Les entreprises supportent donc des coûts de
réduction de la pollution que l’on a coutume
d’appeler les « coûts d’abattement »
43
L’Hypothèse de Porter
• Michael Porter (1991), Michael Porter et Claas van
der Linde (1995)
• Les restrictions environnementales peuvent générer
des bénéfices dépassant les coûts d’abattement
• La contrainte environnementale stimule l’innovation,
elle-même étant susceptible d’améliorer la
productivité moyenne d’une économie
44
Merci de votre attention …
… et de votre participation
45
Ouvrage de référence
• Mayer T. et Muchielli J.-L. (2010), Economie
internationale, Dalloz : le chapitre 9
Articles cités
• Deardorff A. [1998], “Determinants of Bilateral Trade: Does Gravity
Work in a Neoclassical World?”, in J. A. Frankel [Eds], The
Regionalism of the Economy, NBER Project Report Series, University
of Chicago Press, p. 7-22.
• Frankel J., Stein E. and Wei S., 1995, “Trading blocs in the Americas:
The Natural and Unnatural and the Supernatural”, Journal of
Development Economics, vol. 47, 61-95.
• Krugman P. [1980], “Scale Economies, Product Differentiation, and
the Pattern of Trade”, American Economic Review, 70, p. 950-959.
• Porter M. [1990], The Competitive advantage of Nations, New York:
The Free Press.
• Porter M. et van der Linde C. [1995], “Toward a New Conception of
the Environment-Competitiveness Relationship”, Journal of Economic
Perspectives, vol. 9, n° 4, p. 97-118.
• Tinbergen J. [1962], Shaping the World Economy: Suggestions for an
International Economic Policy, New York, NY: Twentieth Century
Fund.
• Soloaga I. and Winters L., 2001, “How has Regionalism in the
Nineties affected Trade?”, North American Journal of Economics and
Finance, vol. 12, 1-29.
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