Nostalgie du paysage perdu dans l**uvre de Marcel Proust et de

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Nostalgie du paysage perdu
dans les œuvres de Marcel Proust
et de Antti Hyry
Mervi Helkkula
Université de Helsinki
Proust
« […] ce que je veux revoir, c’est le côté de
Guermantes que j’ai connu, […] c’est ce
paysage dont parfois, la nuit dans mes rêves,
l’individualité m’étreint avec une puissance
presque fantastique et que je ne peux plus
retrouver au réveil. »
(ARTP, p. 152)
Proust
« Quand par les soirs d’été le ciel harmonieux
gronde comme une bête et que chacun boude
l’orage, c’est au côte de Méséglise que je dois
de rester seul en extase à respirer, à travers le
bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles
et persistants lilas. »
(ARTP, p. 153)
Proust
« […] un azur profond enivrait mes yeux, des impressions de
fraîcheur, d’éblouissante lumière tournoyaient près de moi et,
dans mon désir de les saisir, sans oser plus bouger que quand
je goûtais la saveur de la madeleine en tâchant de faire
parvenir jusqu’à moi ce qu’elle me rappelait, je restais […] à
tituber comme j’avais fait tout à l’heure, un pied sur le pavé
plus élevé, l’autre pied sur le pavé plus bas. […] Et presque
tout de suite je la reconnus, c’était Venise, dont mes efforts
pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma
mémoire ne m’avaient jadis rien dit et que la sensation que
j’avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de
Saint-Marc m’avait rendue avec toutes les autres sensations
jointes ce jour-là à cette sensation-là, et qui étaient restées
dans l’attente, à leur rang, d’où un brusque hasard les avait
impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. »
(ARTP, pp. 2262-2263)
Proust
« […] mais aussitôt, comme le personnage des Mille et une nuits qui
sans le savoir accomplissait précisément le rite qui faisait
apparaître, visible pour lui seul, un docile génie prêt à le transporter
au loin, une nouvelle vision d’azur passa devant mes yeux ; mais il
était pur et salin, il se gonfla en mamelles bleuâtres ; l’impression
fut si forte que le moment que je vivais me sembla être le moment
actuel ; plus hébété que le jour où je me demandais si j’allais
vraiment être accueilli par la princesse de Guermantes ou si tout
n’allait pas s’effondrer, je croyais que le domestique venait d’ouvrir
la fenêtre sur la plage et que tout m’invitait à descendre me
promener le long de la digue à marée haute ; la serviette que j’avais
prise pour m’essuyer la bouche avait précisément le genre de
raideur et d’empesé de celle avec laquelle j’avais eu tant de peine à
me sécher devant la fenêtre, le premier jour de mon arrivée à
Balbec, et, maintenant devant cette bibliothèque de l’hôtel de
Guermantes, elle déployait, réparti dans ses pans et dans ses
cassures, le plumage d’un océan vert et bleu comme la queue d’un
paon. »
(ARTP, p. 2264)
”Hän käveli taloonsa ja otti pöydältä grapen ja halkaisi sen ja
otti lusikan ja alkoi syödä. Hän tunsi grapen maun, joka
muistutti tuoreen pajun parkkia ja männyn neulasia. Tämä oli
muodostunut hedelmäksi. Ja kun hän söi, hänen mieleensä
tuli kirkas syksy, jolloin pakkanen on puhdistanut joen veden
ja pojat pyytävät koukuilla mateita, ja jolloin pakkanen on
kypsyttänyt puolukat metsässä ja karpalot soilla ja jolloin ilma
on sellaista, että kun sitä hengittää, osa kaikesta siitä menee
ihmisen sisälle ja tekee olon vaikeaksi.” (Hyry 1976, p. 37)
Il entra dans sa maison, prit un pamplemousse qui était sur la
table, le fendit, prit une cuiller et commença à manger. Il
sentit le goût du pamplemousse, qui ressemblait à l’écorce du
saule et aux aiguilles de pin. Cela s’était formé en un fruit. Et
comme il mangeait, il se rappela l’automne limpide, quand le
gel a purifié l’eau de la rivière et que les garçons pêchent
des lottes avec des hameçons et que le froid a fait mûrir les
airelles dans les forêts et les canneberges dans les marais et
que l’air est tel que quand on le respire, une part de tout cela
entre dans l’homme et fait qu’on se sent mal l’aise. (trad. par
MH)
Hyry
”Maa laski maantien yli peltoa ja vesiheinikköä pitkin ojan mukana
suvantoon mutta minä en kuulu asiaan. Olen tullut jostakin ja
päässäni on bensiinin haju, enkä voi istua kynnyksellä ja olla niin
kuin ovi, kivet ja maa. Pitää olla ja asua kauan; panna aitaa ja tehdä
puita, lämmittää saunaa ja tehdä heinää, olla niin, ettei ole mitään
erikoista.”(Hyry 1976, p.29)
Le terrain formait une pente en traversant la route et allant le long
du champ et du pré à côté du fossé vers la mare, mais je ne fais pas
partie de tout cela. Je suis venu de quelque part avec l’odeur de
l’essence dans la tête et ne peux pas rester assis sur le seuil et être
comme la porte, les cailloux et la terre. Il faut habiter longtemps,
faire des claies et fendre du bois, chauffer le sauna et faire les foins,
être comme s’il n’y avait rien de particulier. (trad. par MH)
Hyry
”Hän katsoi tähteä, joka oli jo himmentynyt, ja tuntui
sydänalassa mukavalta. Tuolla ulkona, kun tulee huhtikuu,
ja toukokuu, lumi sulaa ja vesi virtaa maantien yli talon
yläpuolella ja alapuolella, hän mietti ja muisti,
minkähajuista vesi on, kun se tulee pitkin maata
lumisohjosta näkyviin.” (Hyry 1986, p.1)
Il regarda l’étoile, dont la lumière avait déjà baissé, et se
sentait bien. Là, dehors, quand vient avril, et mai, la neige
fond et l’eau coule en traversant la route au-delà et au-deçà
de la maison, se dit-il et se rappela l’odeur de l’eau quand
elle apparaît le long du sol en sortant de la neige fondante.
(trad. par MH)
Proust
« Les lieux que nous avons connus
n’appartiennent pas qu’au monde de l’espace où
nous les situons pour plus de facilité. Ils n’étaient
qu’une mince tranche au milieu d’impressions
contiguës qui formaient notre vie d’alors ; le
souvenir d’une certaine image n’est que le regret
d’un certain instant ; et les maisons, les routes,
les avenues, sont fugitives, hélas, comme les
années. »
(ARTP, p.342)
BIBLIOGRAPHIE
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HELKKULA, Mervi (2009) « Mémoire du corps et écriture proustienne. » Sabine Kraenker (éd.), en
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25- 26 septembre 2008. Publications du Département des Langues Romanes de l’Université de
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Kustannusosakeyhtiö Pohjoinen.
KAUNONEN, Leena (2009) Jakamattoman avaruuden alla. Tilojen merkityksiä Antti Hyryn proosassa.
Helsinki, Suomalaisen Kirjallisuuden Seura.
SEUTU, Katja (2001) Ja mieli on jakautunut yli maan. Muisti ja oleminen Antti Hyryn teoksissa.
Helsinki, Otava.
Ouvrages étudiés :
HYRY, Antti (1976) Novellit. [Les recueils Maantieltä hän lähti (1958) et Junamatkan kuvaus (1962)]
Helsinki, Otava.
HYRY, Antti (1986) Kertomus. Helsinki, Otava.
HYRY, Antti (1999) Aitta. Helsinki, Otava.
HYRY, Antti (2009) Uuni. Helsinki, Otava.
PROUST, Marcel (1999) [1913-1927] À la recherche du temps perdu. Sous la direction de
J.-Y. Tadié. Paris, Quarto Gallimard.

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