Massacre en Corée de Pablo Picasso - Archive-Host

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Séquence théorique – épreuve orale d’histoire des arts DNB
Massacre en Corée de Pablo Picasso
Pablo Picasso, Massacre en Corée, huile sur contreplaqué, 110 x 120 cm, 1951, Musée national Picasso, Paris
I- Présentation de l’œuvre
Massacre en Corée est une hulie sur contreplaqué de taille moyenne peinte par Pablo Picasso
en 1951 et conservée au Musée national Picasso à Paris. Cette œuvre figurative définie comme
peinture d’histoire, relate une scène de guerre en Corée.
II- Description
L’œuvre Massacre en Corée de Picasso se structure en deux plans : le premier qui est aussi le
plus important fait apparaître les personnages de la scène. Par leur posture, nous avons deux
niveaux de lecture. En effet, deux camps se font face : à gauche des femmes et leurs enfants et
à droite des soldats. Nous assistons à une exécution qui va avoir lieu. Les couleurs utilisées
pour représenter les personnages sont froides. Elles symbolisent l’angoisse, la peur, la mort et
la tristesse. Ce premier plan, pratiquement monochrome, est constitué de teintes grisées et
bleuâtres qui procurent de la matière et du relief. Il faut préciser que Picasso n’a pas construit
les corps de la même manière. Établis par des courbes, les corps des femmes nues et de leurs
enfants sont arrondis. Ils expriment la pureté et l’innocence. Tandis que ceux des soldats,
sont beaucoup plus raides avec des lignes droites, aigues, cassantes et déterminées.
Insensibles, les hommes brandissent leurs armes vers des civils pris de terreur comme le
montre leurs visages mélancoliques. Les personnages sont positionnés verticalement alors
que les armes des soldats, symboles évidents de la guerre et de ses massacres, sont
disposées horizontalement. Cela permet d’équilibrer la composition et de mettre en évidence
Séquence théorique – épreuve orale d’histoire des arts DNB
l’armement puissant dirigé vers les futures victimes. La source lumineuse que l’on peut situer
dans le registre supérieur gauche, éclaire davantage les civils que les combattants cachés
derrière leurs armures et leurs casques. Ainsi, elle crée un contraste très net rendant les
victimes humaines et fragiles contrairement aux soldats désincarnés par leurs tenues et leurs
armes métalliques, les réduisant ainsi à la simple fonction d’exécutants déshumanisés. À droite,
un personnage non masqué brandit son glaive pour donner le signal de l’exécution. En tournant
le dos à la scène, il prouve qu’il n’assume pas ses responsabilités.
Grâce à cette composition, Picasso réussit à nous impliquer en tant que spectateur dans
l’histoire : la compostion, les couleurs et la lumière permettent de structurer la scène en
faisant état des éléments qui s’opposent, permettant ainsi une lecture efficace de son œuvre.
Ce premier plan monochrome comme un coup de projecteur, fait écran à ce qui pourrait
potentiellement être source de calme et de tranquillité au second plan : un paysage
pittoresque1 très vite effacé par les horreurs de cette guerre. Seul fil directeur qui permet de
faire glisser notre regard du premier au second plan : un cours d’eau, véritable frontière
symbolique entre la Corée du Nord et du Sud. Il marque une fois de plus une séparation entre
les civils et les soldats représentés. A l’arrière plan, on distingue des collines verdoyantes
transformées en champs de bataille comme le montre ces fumées blanches caractéristiques
des incendies. La couleur bistre2 qui ternit ce décor le montre et l’habitation en ruine, mise en
valeur au sommet de la colline, fait référence à la ville japonaise d’Hiroshima anéantie en 1945
par le bombardement atomique américain.
Dans son œuvre, Picasso tient à souligner les conséquences de cette guerre en se servant
d’une compostion très frontale, où les protagonistes et le lieu produisent une rupture et une
opposition. Ainsi, de par son engagement artistique, l’artiste dénonce, et ce de manière
universelle, les massacres entrepris par des forces armées envers des innocents.
III- Contexte historique et culturel
Picasso, précurseur avec Georges Braque du mouvement cubiste, travaille également le style
expressionniste pour peindre les sacrifiés. On ressent plus le cubisme chez les soldats et leurs
armes qui représentent une métaphore de la « course aux armements » de l’époque. Avec
leurs allures de robots tout droit sortis de la science-fiction, l’artiste dénonce l’impérialisme
américain et plus généralement la guerre. Un thème que l’artiste exploite aussi dans son œuvre
Guernica.
Influencé par les grands maîtres du siècle précédent, Picasso s’est longtemps inspiré d’artistes
comme Diego Velasquez ou Francisco de Goya. Cependant, malgré la rupture stylistique
entre Picasso et les anciens maîtres classiques, comment a-t-il pu s’inspirer de peintures
pourtant très différentes des siennes ?
Picasso utilise leurs compositions et leurs thèmes avec une technique picturale qui lui est
propre. C’est le cas de l’œuvre Massacre en Corée que l’on peut mettre en parallèle de celle de
Goya Tres de Mayo. Si l’on y regarde de plus près, nous relevons beaucoup de similitudes :
les soldats à droite et les innocents à gauche. Toujours grâce à la lumière, les victimes sont
mises en exergue3 tandis que les soldats restent tapis dans l’ombre. Deux groupes qui sont
bien distincts. Certes, Goya qui relate ici la répression du soulèvement de la population de
Madrid par les troupes françaises de Napoléon Bonaparte, fait apparaître de manière explicite4
1
Qui est exprimé ou représenté de façon vivante et animée.
D’un brun tirant sur le jaune rouille.
3
En avant, en valeur.
4
Qui est énoncé de façon formelle et claire.
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la mort. En témoignent le sang et les cadavres qui jonchent le sol dans le registre inférieur
gauche. Mais Picasso suspend le temps et la mort à venir. Il n’en reste pas moins un peintre
efficace : il nous suggère5 grâce au cubisme et à l’expressionnisme, la laideur de certaines
situations. Deux artistes, deux styles et deux époques très différentes, pour un même
message : dénoncer la barbarie humaine envers des populations innocentes qui n’ont pas
forcément fait le choix de la guerre.
Au regard de la thématique « arts, ruptures et continuités », il est important d’articuler ces troix
notions : rupture des styles de représentation mais continuité de certaines situations
peintes au fil des époques (ici, la guerre), avec la même force et la même véracité6.
Francisco de Goya, Tres des Mayo, huile sur toile, 266 x 345 cm, 1814, Musée du Prado, Madrid
5
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Faire penser, évoquer à l’aide de sous-endendus.
Caractère de ce qui est conforme à la vérité.

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