Adrien Gérardot - Arts plastiques

Report
FAIRE TOMBER LES
BARRIERES
MARCEL
DUCHAMP
BIOGRAPHIE
Marcel
DUCHAMP (18871968) est un peintre,
plasticien, homme de lettres
français, naturalisé américain
en 1955.
Il
bouleverse radicalement
l’art du XXème siècle avec
l’invention dans les années 10
du ready-made.
Dans
un 1er temps, il
manifeste un intérêt pour le
cubisme et sa décomposition
de l’espace mais très vite, sa
peinture va s’attacher à la
décomposition du
mouvement.
Il
va diffuser les
avant-gardes
parisiennes,
notamment les
sculptures de Brancusi
auprès du public
américain.
Au
milieu des années
20, il se consacre de
plus en plus aux échecs
qui deviennent son
activité principale.
C’est
à travers le
Surréalisme qu’il
renoue avec l’art en
organisant de
nombreux évènements
avec André Breton.
Julian STREET, critique
d’art:
 « J’avais l’idée
complètement
démodée que les
portraits devaient
représenter leur
modèle, les marines la
mer et les paysages la
nature »
 Du « Nu descendant un
escalier », il dira avoir
cru identifier « une
explosion dans une
fabrique de tuiles »
« un tableau qui ne choque pas
n’en vaut pas la peine »
« Peint, comme il l'est, en sévères couleurs
bois, le nu anatomique n'existe pas, ou
du moins, ne peut pas être vu, car je
renonçai complètement à l'apparence
naturaliste d'un nu, ne conservant que
ces quelques vingt différentes positions
statiques dans l'acte successif de la
descente. » Duchamp
Cette œuvre marque une double rupture:

avec le nu « académique »: ici, le nu
ne pose pas mais est montré dans une
figuration de mouvements.
 avec la représentation cubiste car même
si on retrouve des codes cubistes:
compositions, formes, volonté de faire
valoir des géométries, il y a dans cette
œuvre un certain dynamisme alors que
les cubistes prônent une forme figée.




Le ready-made est un objet trouvé
considéré comme un objet d'art. L'attitude
du ready-made consiste, initialement, à
simplement choisir un objet manufacturé et
le désigner comme œuvre d'art. Initiée par
Marcel DUCHAMP, cette démarche a
donné naissance à une grande partie des
pratiques artistiques actuelles, qu'elles s'en
réclament ou s'en défendent.
Le ready-made a remis en question un
certain nombre de certitudes sur lesquelles
reposait l'art, comme les notions de
virtuosité et de savoir-faire ou encore
d'œuvre, conçue désormais comme
résultante de l'exposition et l'acte de
nommer.
Effectivement, les ready-made sont des
œuvres d'art qui n'ont pas été réalisées par
l'artiste, ce dernier n'intervient en effet que
pour les sélectionner, changer leur contexte
et leur statut par la désignation
(l'affirmation « ceci est une œuvre d'art »,
entonnée par Marcel DUCHAMP faisant
dès lors acte de redéfinition).
André Breton définit le ready-made
comme un "objet usuel promu à la dignité
d'objet d'art par le simple choix de l'artiste"
Du READY-MADE
Fontaine – 1917
Il s’agit d’un urinoir signé R. Mutt,
du nom d’un fabricant d’appareils
sanitaires.
Le ready-made réciproque
consisterait, par exemple, à utiliser
un tableau de Rembrandt comme
planche à repasser.
Dans sa représentation de la
Joconde, Duchamp lui a ajouté des
moustaches et un bouc et l’a
baptisée: « L.H.O.O.Q »
au READY-MADE INVERSE
ŒUVRE SURREALISTE
NADJA
ANDRE BRETON
André Breton est un écrivain,
poète, essayiste et théoricien
du surréalisme, né en 1896,
mort à Paris en 1966.
 Le surréalisme est un
mouvement littéraire et
artistique du début des
années 20 visant à libérer
l’expression poétique de la
logique et des valeurs
morales de l’époque.
 Ce mouvement va concerner
la peinture (Dali, Max Ernst),
la photographie (Man Ray),
le cinéma (Luis Buñuel)et la
littérature (Aragon, Paul
Eluard..)

Le surréalisme contre les barrières
de la raison, de la logique, du bon
goût et de la morale.
Définition du surréalisme par Breton

« Automatisme psychique par
lequel on se propose d’exprimer,
soit verbalement, soit par écrit,
soit de toute autre manière, le
fonctionnement réel de la pensée.
Dictée de la pensée en l’absence
de tout contrôle exercé par la
raison, en dehors de toute
préoccupation esthétique ou
morale »

« L’idée de surréalisme tend
simplement à la récupération
totale de notre force psychique.»

« L’imaginaire, c’est ce qui tend à
devenir réel. »
Breton représenté
par Dali
QUELQUES CLEFS POUR ENTRER
DANS LE MONDE DE NADJA




Nadja est un récit d’apprentissage: le narrateur (André Breton lui-même)nous
raconte de manière quasi-documentaire sa rencontre avec une jeune femme
énigmatique. Mais, il est avant tout à la recherche de lui-même « Qui suisje? ».
Nadja s’appelait Léona Delcourt, elle est morte en 1941 à 39 ans dans un asile
psychiatrique. Ses lettres, ses dessins, ses mots dont Breton parsème son
œuvre sont authentiques.
Nadja incarne le mouvement surréaliste par le refus de la raison, de
l’asservissement, du travail et de la logique dans le monde moderne. Nadja
c’est la revendication de la Liberté.
« Rien ne sert d’être vivant, s’il faut qu’on travaille. »
André Breton donne à Nadja un rôle d’initiatrice, elle réalise des dessins que le
narrateur doit déchiffrer comme des clés énigmatiques ou des signes.
« Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme »
LE PERSONNAGE
DE NADJA
Nadja, c’est aussi une déambulation dans
Paris qui devient un lieu d’errance.
 La ville permet la découverte de
l’inattendu dans les itinéraires quotidiens,
elle parle par ses affiches publicitaires,
ses statues commémoratives, ses stations
de métro. Les lieux réels sont investis par
l’imaginaire; la diversité des spectacles
offerts au promeneur déconcerte sa raison
et le plonge dans « le vent de l’éventuel »

PARIS,VILLE FETICHE DES
SURREALISTES.
L’œuvre littéraire de Breton
exprime toutes ses
préventions contre le roman
mais aussi contre la
littérature en général.
Dans Nadja, il proclame
avec joie la mort de la
« littérature psychologique
à affabulation
romanesque »
Pour éviter les descriptions
tant détestées, « rien n’est
comparable au néant de
celles-ci; ce n’est que
superpositions d’images de
catalogue,… » Breton va
faire usage de
photographies. Ainsi, les
lieux et les personnes
acquièrent une authenticité
immédiate et Nadja garde
une apparence
documentaire ou de procèsverbal. Le lecteur ne peut
pas assimiler ce qu’il lit à
une fiction
fantasmagorique.
LE REFUS DE LA DESCRIPTION
ROMANESQUE
Prélude à l’après-midi
d’un faune
Claude DEBUSSY
Œuvre musicale achevée en
1894 inspirée du poème de
Stéphane Mallarmé « l’aprèsmidi d’un faune »
Le poème évoque les
tourments amoureux d’un
faune qui cherche à séduire
des nymphes. Celles-ci
finissent par lui échapper; le
faune alors s’assoupit et rêve
des nymphes.
« Je ne m'attendais pas à
cela. La musique évoque
l'émotion de mon poème et
dépeint le fond du tableau
dans les teintes plus vives
qu'aucune couleur n'aurait pu
rendre. » Mallarmé.
En posant en 1894 avec Prélude
à l’après-midi d’un faune, le
premier jalon de la musique
moderne, Debussy place d'emblée
son œuvre sous le sceau de
l'avant-garde musicale.
 Il est brièvement wagnérien en
1889, puis anticonformiste le
reste de sa vie, en rejetant tous
les académismes esthétiques.
 La musique de Debussy se
distingue en effet par une
architecture secrète, mais
souveraine: inspirée parfois des
musiques orientales, elle anticipe
tantôt le jazz, tantôt la musique
contemporaine, mais n'exprime
souvent que son propre mystère.
 Les thèmes sont épars,
disséminés, les recherches
harmoniques audacieuses, les
nuances infinies et les rythmes
complexes. Le discours musical
debussyste donne globalement
l'impression d'être à la fois logique
et imprévisible et d'obéir à une
rationalité imparable, mais
inconnue, à une "arithmétique
occulte".
 Ses œuvres sont de prime abord
sensorielles, elles visent à éveiller
chez l'auditeur des sensations
particulières en traduisant en
musique des images et des
impressions précises.

Claude Debussy réalise, avec « le prélude à
l’après-midi d’un faune » une sorte de rêve
orchestral peuplé de péripéties aux couleurs
sans cesse changeantes.
L’après-midi d’un faune est un commentaire
musical, libre et subtil, qui illustre le thème
de la sensualité qui commande à toute vie de
la nature.
L’interprétation de Nijinski, en 1912, va
choquer les conformistes.
Un rêve orchestral
aux couleurs
changeantes
BIOGRAPHIE et
INFLUENCES
Compositeur français (1862 1918), élève au conservatoire il
en sortira en 1884 avec un
premier prix de Rome.
Il va voyager à travers
l’Europe(Vienne, Moscou, Rome)
et rencontrer Wagner et Brahms.
Deux révélations musicales vont
influencer sa musique: le
théâtre d’Extrême-Orient et la
partition de Boris Godounov de
Moussorgski.
Il sera également influencé par
les poètes symbolistes
(Mallarmé, Pierre Louÿs) et les
peintres impressionnistes.
Anticonformiste et cherchant à
agir sur la sensibilité, Debussy
sera le créateur d’un nouveau
langage musical. Il n’entend
recueillir que la seule leçon de la
nature:« Ecoutons les leçons du
vent qui passe et qui raconte
l’histoire du monde »
Les créations de Debussy comme
« Pelléas et Mélisande », « la
Mer » ,« les Préludes » ou encore
« les Nocturnes » ont souvent été
accueillies par l’incompréhension du
public et des critiques à l’issue de
représentations tumultueuses.
Il faut dire qu’elles naissent dans un
contexte politique et social difficile et
agité: celui de la IIIème République,
de la naissance du prolétariat, de
l’affaire Dreyfus puis de la 1ère guerre
mondiale qui va bouleverser
Debussy.
Si ce contexte est propice aux idées
nouvelles et aux révolutions dans de
nombreux domaines, y compris la
musique, il est aussi marqué par un
fort courant conservateur et puritain
qui va être choqué par la sensualité
de la musique de Debussy.
L’œuvre de Debussy et son
contexte
Sur un principe de
simulation de
déplacement, le
spectateur est invité à
parcourir, en pédalant
et en orientant un
guidon de bicyclette,
une ville virtuelle dont
les rues sont bordées
de lettres en volume
formant des mots et
des phrases.
D’un point de vue
technique, cette œuvre
est un exploit car il en
existe plusieurs
versions mais à chaque
fois, elle prend les
plans réels de chaque
ville visitée: New York,
Amsterdam et
Karlsruhe. Les mots se
forment à partir du
parcours à l’intérieur de
ces villes.
Art numérique et immersion dans un
monde virtuel
Les phrases formées par le
spectateur-pédaleur renvoient à
la réalité des villes évoquées.
 Par exemple, pour Amsterdam,
c’est la vieille ville et ses
chroniques historiques qui sont
mises en avant.
 Pour New-York et son quartier de
Manhattan, ce sont huit textes,
monologues de personnalités
liées à la ville.
 Alors que les lettres-immeubles
de Manhattan sont uniformes,
pour les lettres d’Amsterdam,
J.Shaw a repris avec précision le
profil des bâtiments réels.

BIO
GR
AP
HIE
Né en 1944 à Melbourne, Australie. Vit et travaille à Hong Kong (Chine)
Artiste, chercheur et professeur, Jeffrey Shaw fait figure de pionnier dans le domaine des nouveaux médias.
Il a ouvert la voie et défini les repères pour l'utilisation créative des technologies numériques dans les
domaines de réalité virtuelle et augmentée, des environnements de visualisation immersive, des systèmes
cinématographiques navigables et de la narration interactive.
En 1963-64, il étudie l'architecture puis l'histoire de l'art à l'université de
Melbourne. En 1965, il part étudier la sculpture à l'académie d'art de la
Brera de Milan, puis à la Saint Martin's School of Art de Londres.
 De 1970 à 80, il est un membre fondateur de l'Eventstructure Research
Group.
 Depuis 1991, il est directeur de l'Institut des arts visuels du ZKM (centre
d'art et de nouvelles technologies) de Karlsruhe.
 Depuis 2009 Jeffrey Shaw est titulaire de la chaire d'Arts médiatiques et
Doyen de la School of Creative Media de l'Université de Hong Kong.

UN ARTISTE
SANS FRONTIERE
Caricature de
Bob sur la
menace
soviétique
Légende: "Hé ! Hé !
Enlevez ces barrières
inutiles et amenez-les à
l'avant ! Nous devons
ériger une barricade
commune...!" En avril
1950, le caricaturiste
allemand Bob appelle
les pays européens à
s'unir pour contrer la
menace soviétique.
Source: Der
Tintenfisch. Das
humoristische Blatt des
Saarlandes.
Herausgeber
Koppelkamm, Bruno.
April 1950, Nr. 8;
Jahrgang 3.
Saarbrücken: PresseVerlag GmbH.
Guerre froide: les pays d’Europe de l’Ouest craignent la menace soviétique représentée par Bob
sous les traits d’un ours agressif et déterminé dont les pattes sont équipées de chenilles
évoquant la puissance militaire de l’URSS. Les pays européens doivent s’unir pour contrer cette
menace; pour cela, ils doivent accepter de renoncer à leurs propres barrières pour ériger des
barrières communes plus protectrices. S’ils n’acceptent pas de s’unir, ils seront impuissants face
à cette menace.
MISES EN PERSPECTIVE
DOMAINE ARTISTIQUE
BRETON André
(1896 – 1966)
Français
CONTEXTE HISTORIQUE et
SOCIO-ECONOMIQUE
Littérature.
Romancier (!), poète.
Mouvement surréaliste.
Les deux guerres mondiales.
La révolution russe.
Les régimes totalitaires (stalinisme et nazisme).
La crise de 1929.
La bombe atomique, les grandes découvertes
scientifiques et médicales, le fordisme et le
travail à la chaine….
Freud et les débuts de la psychanalyse.
En France: le front populaire, la IIIème, la
IVème puis la Vème République.
DEBUSSY Claude
(1862 – 1918)
Français
Musique.
Compositeur.
Parfois qualifié d’«impressionniste».
La IIIème République.
L’affaire Dreyfus.
La naissance du prolétariat, la condition
ouvrière.
L’exposition universelle à Paris (1889)
La 1ère guerre mondiale.
Les débuts de l’automobile.
DUCHAMP Marcel
(1887 – 1968)
Franco-américain
Arts plastiques.
Peintre, sculpteur et plasticien.
Art moderne: cubisme, dadaïsme, surréalisme.
Même contexte qu’André Breton dont il est non
seulement le contemporain mais avec lequel il a
entretenu une collaboration artistique.
SHAW Jeffrey
(1944 - )
Australien
Art numérique. Sculptures pneumatiques
monumentales.
Installations interactives et audiovisuelles utilisant la
photo, le film, la vidéo multi-écrans, les images de
synthèse…
Guerres de décolonisation, guerre du Vietnam.
Chute du mur du Berlin, éclatement de l’URSS.
Les « 30 Glorieuses », les chocs pétroliers. Ere
du nucléaire.
Développement des nouvelles technologies de
l’information et de la communication.
Mondialisation. La Chine, nouvelle puissance
économique.
STRAUCH Bob
(1912- 1978)
Allemand
Caricature, dessin humoristique.
A travaillé pour le périodique satirique de la Sarre
(Allemagne) « Der Tintenfisch »
La seconde guerre mondiale
Guerre froide. Construction de la CECA, de
l’OTAN.
Guerres de décolonisation. Guerre du Vietnam.
« Les 30 Glorieuses ». Les Etats-Unis et le
Japon, premières puissances économiques.
CORRESPONDANCES
MOUVEMENT
M. Duchamp a travaillé sur le mouvement. Son « Nu descendant
un escalier » est en fait une recherche sur la décomposition du
mouvement.
Dans Nadja, ce sont les personnages qui sont en mouvement:
Nadja et le narrateur déambulent dans Paris.
Avec Jeffrey Shaw, c’est le spectateur qui est en mouvement
sur un vélo et c’est son mouvement de pédalage qui donne vie à
l’œuvre d’art.
Quant à la musique de Debussy, les critiques évoquaient sa
« fluidité », un « univers mouvant et diapré »….
REMISE EN
QUESTION DES
MODES
D’EXPRESSION
Alors que Debussy invente un nouveau langage musical, une
nouvelle façon d’«écrire la musique » et remet en cause les lois
de l’harmonie traditionnelle; Breton va remettre en cause les
« conventions » romanesques et littéraires, en général. Dans
Nadja, il proclame avec joie la mort de la « littérature
psychologique à affabulation romanesque » et dans « le
Manifeste du surréalisme », il règle son compte à la description
romanesque à laquelle il substituera des photographies dans
Nadja.
L’écriture automatique va être utilisée par les surréalistes comme
un mode de création littéraire permettant de s’émanciper de
l’étroitesse de la pensée gouvernée par la raison. Cette technique
formalisée par Breton consiste à écrire le plus rapidement
possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations
esthétique, morale ou encore grammaticale. L’état idéal pour une
bonne réalisation est proche d’un état hypnotique.
L’invention du « cadavre exquis » par les surréalistes s’inscrit
dans cette même démarche de création littéraire libérée des
entraves de la raison.
CORRESPONDANCES
REMISE EN
QUESTION DES
MODES
D’EXPRESSION
HASARD, ERRANCE et
DEAMBULATIONS
Avec J.Shaw, en pédalant, le spectateur assemble des
lettres en 3 dimensions et est confronté à des mots: l’image
de synthèse qui défile est langagière, la ville est langagière.
Les mots et les phrases formés sont en relation littéraire ou
historique avec le lieu.
Duchamp, quant à lui, va rechercher les codes de la
peinture; son « Nu descendant un escalier » rejette tous les
codes du nu académique, son nu ne pose pas, il est en
mouvement, on le devine bien plus qu’on ne le voit. « je
renonçai complètement à l’apparence naturaliste d’un nu».
Puis avec le détournement d’objets du quotidien (urinoir,
sèche-bouteilles) décrétés œuvres d’art par sa seule
volonté, il révolutionne définitivement la conception
académique de l’art qui juge la valeur d’une œuvre d’art en
fonction des efforts et du travail fournis par l’artiste et du
« résultat » qui doit être réaliste et « décoratif ».
Nadja déambule dans Paris, le Paris des itinéraires
quotidiens: affiches publicitaires, stations de métro, fenêtres
ouvertes sur leur mystère…Les lieux réels sont vus à travers
les fantasmes de Breton; l’imaginaire envahit le réel
déconcertant le promeneur et le plongeant dans « le vent de
l’éventuel ». Cependant, Breton respecte une extrême
exactitude dans ses parcours, l’errance est donc plus un
itinéraire méthodique qu’une promenade évasive.
Le spectateur-cycliste de Shaw se déplace dans la ville sans
aucun but ni de destination précise. L’effort réel et physique
fourni sur le vélo est transformé en trajet virtuel. Mais ici
encore, l’impression de déambuler au hasard est
trompeuse; en effet, la ville possède des forces d’attraction
qui se manifestent de manières différentes, elle attire dans
certaines directions et elle cache beaucoup de choses.
Les artistes du XXème siècle, quel que soit leur domaine,
vont révolutionner leur art et faire tomber les barrières de
l’académisme en refusant tous les codes.
L’art pictural et (sculptural) doit être décoratif et représenter
la réalité. Ainsi, quand David peint « le sacre de
Napoléon », le public reconnait bien l’évènement et les
personnages; quand Courbet peint « l’origine du monde »,
même si son œuvre fait scandale, elle n’en reste pas moins
d’un réalisme saisissant!!!
Les impressionnistes puis les fauvistes ou les cubistes vont
bousculer tour à tour ces barrières puis M.Duchamp va
définitivement les abolir avec son concept du « readymade ». En effet, il affirme que n’importe quel objet est
une œuvre d’art du moment qu’un artiste l’a décidé et l’a
signé et il revendique « le droit à la paresse »:la valeur
d’une œuvre d’art ne dépend de l’effort fourni par son
auteur.
Il va devenir le précurseur de toute une génération d’artistes
comme César et ses compressions ou M. Broodthaers et
ses « moules rouges casserole »
Dans le domaine musical, Debussy va inventer un nouveau
langage permettant d’entendre les voix de la nature, d’en
démêler les vastes et subtiles harmonies: « Je veux, moi,
ne rendre que ce que j’entends »; la musique « a une vie
propre, qui l’empêchera toujours de se soumettre à du
précis; elle dit tout ce qu’on ne peut pas dire ».
Tandis que Jacques Rivière s’écrie « un libérateur est venu »,
C.Chambellan écrit « un frisson nouveau a parcouru la
musique » et E.Schneider souligne « dès les premières
partitions on saisit la volonté d’une autre esthétique »
On a longtemps opposé l’Art, activité noble à la science et aux technologies. L’utilisation
de ces dernières étant réservée au monde du travail, aux déplacements et aux
communications. L’utilitaire opposé à la création artistique, les savants et les
inventeurs opposés aux muses.
Sous l’influence des surréalistes comme Man Ray ou Buñuel, la photographie et le
cinéma vont devenir des arts à part entière.
Une nouvelle génération d’artistes, initiée par Malevitch (auteur du carré blanc sur
carré blanc), pense que l’art est une lourde mécanique de discours qui peut se servir
de n’importe quel médium et s’y incarner. L’activité de la science comme de l’art a
toujours été l’interprétation et la re-création de la réalité.
J.Shaw va utiliser différentes technologies (mécanique: le vélo, numérique: l’image de
synthèse). Sa cité virtuelle composée de lettres géantes nous rappelle que les mots
sont le premier véhicule de l’imagination donc de la création artistique quelle que
soit la « technique » utilisée par l’artiste.
A. Breton, M. Duchamp, C. Debussy ou J. Shaw ont fait tomber les barrières de l’art et
se sont affranchis des codes entravant leur liberté de création.
Bob est un dessinateur humoristique travaillant pour un journal allemand, il nous
propose des caricatures sur la vie politique de l’époque (par exemple, la question
royale en Belgique), sur les problèmes et sur les conflits mondiaux (caricature sur la
question du siège de la CECA ou encore ce dessin sur la menace soviétique). Nous
sommes assez éloignés des problèmes de la création artistique qui se libère des
carcans de la morale et du bon goût.
En outre, s’il propose aux pays européens de faire tomber les barrières, c’est pour
mieux reconstruire une barrière commune plus protectrice contre la menace
soviétique.
Cependant, l’art a toujours été étroitement lié aux systèmes politiques, aux révolutions
et aux évolutions de la société. Qu’il s’agisse d’un art de propagande utilisé par
Hitler ou Staline, d’une interdiction voire d’une élimination d’artistes et d’œuvres
considérés comme dégénérés ou au contraire d’artistes engagés et résistants, la
politique et l’art ont toujours cohabité.
Ainsi, le surréalisme a été au cœur de causes naissantes comme l’anarchisme,
l’émancipation des peuples ou encore la libération des mœurs.
Bob: vrai ou faux intrus
dans ce thème?

similar documents